Réjane Bougé nous avait déjà offert quatre volumes, trois romans et un abécédaire pour les jeunes, avant de publier, en février dernier, un récit intitulé Je ne me lève jamais avant la fin du générique (Québec Amérique).
Comme le titre l’indique, il est beaucoup question de cinéma dans ce livre. L’auteur y cite plus de cent soixante films et s’attarde un peu plus sur environ vingt-cinq d’entre eux, par exemple: La Classe de neige, Cet obscur objet de désir, Three Women, Wait Until Dark, The Rope... Elle parle de ces films en tant que passionnée de cinéma. Elle le fait de manière intelligente et touchante. Il n’est pas question ici d’entreprendre des analyses trop intellectuelles qui reposeraient sur des grilles de type universitaire. L’auteure a une approche beaucoup plus près du vécu. Elle fréquente les salles de cinéma de Montréal de façon régulière depuis de nombreuses années. Son besoin d’aller au cinéma ne s’estompe pas lorsqu’elle est en voyage à Paris ou à Rome. Au contraire, c’est alors pour elle l’occasion de voir des films peu accessibles au Québec.
Ce qu’il faut ajouter pour donner une juste idée de ce volume, c’est qu’il s’agit là également d’un récit autobiographique au sens fort du terme. Réjane Bougé nous raconte sa vie tout en nous entretenant de cinéma. Elle nous parle de son enfance, un peu de ses études, de sa marraine Réjane Bougé Morin « aux côtés de qui » elle a appris « à aimer les comédies musicales », de certaines de ses amies, de quelques séjours à l’étranger, de son père et surtout de sa mère qu’elle nomme toujours par son prénom, Cécile. Elle a accompagné cette dernière jusque dans ses derniers jours aux soins palliatifs de l’hôpital Notre-Dame.
Réjane Bougé réussit de façon fort intéressante à montrer les liens étroits qu’il y a entre sa passion, le cinéma, et les différents moments de sa propre vie. Si j’ai été un peu surpris au début, voire gêné, par tout ce que dévoilait une telle façon de procéder, je me suis par la suite laissé prendre au jeu. Je me suis mis à m’intéresser beaucoup à cette Cécile qui aimait tant aller magasiner dans l’Ouest de la ville ou rue Mont-Royal. Comme le souligne justement l’éditeur en page quatre de couverture: « Ce récit se présente donc comme l’émouvante histoire d’une amoureuse du cinéma qui, sans aucune prétention critique, a décidé de répertorier des scènes, tant à la vie qu’à l’écran, et de montrer comment elles se répondent, soulevant ainsi les délicats rapports qu’entretiennent les images avec la réalité. »
Les livres que nous lisons entretiennent également parfois des rapports étroits avec la réalité. Ainsi, lorsque j’ai lu Je ne me lève jamais avant la fin du générique, ma mère venait de mourir un mois auparavant. Elle n’est pas décédée comme la Cécile de Réjane Bougé à l’hôpital Notre-Dame, mais elle y a séjourné à trois reprises, dont deux pour des opérations. Vous comprenez pourquoi ce volume a pu me rejoindre, moi qui suis aussi un mordu de cinéma depuis la fin de mon adolescence. Comme l’auteure, il m’arrive d’ailleurs souvent de faire la file à l’angle de Louis-Hébert, à Montréal, pour assister à des projections au cinéma Beaubien qui s’est appelé, pendant longtemps, le cinéma Dauphin.
Bien sûr, si le septième art ne vous intéresse pas du tout, j’hésite à vous conseiller ce volume. Mais si ce qui se passe au grand écran vous touche le moindrement, procurez-vous-le. Cette lecture attirera peut-être votre attention sur des réalisateurs auxquels vous n’avez pas encore accordé tout l’intérêt qu’ils méritent. Et il y a à travers tout cela une réflexion sur la vie qui ne pourra que vous enrichir.
Bonne lecture!
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