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« Ha Long »

Linda Amyot situe l’action de son livre Ha Long (Leméac éditeur) à la fois au Québec et au Viêt-nam. Il semble bien loin le temps où les auteurs d’ici se confinaient toujours à leur petit coin de pays.

Linda Amyot est scénariste et rédactrice. Elle a déjà publié plusieurs nouvelles dans des revues québécoises et françaises. Elle nous présente ici son premier roman, mais elle a tout de même une forte expérience de l’écriture. Et cela est évident. Son travail ne ressemble en rien à celui d’une débutante. Elle manifeste dans cette première oeuvre une pleine maîtrise de la narration. En plus, elle ne craint pas d’aborder un sujet très peu présent dans le roman québécois: l’adoption d’un enfant d’origine étrangère. Elle le fait de deux points de vue différents: celui de la mère biologique et celui de la future mère d’adoption. Celui d’Ai Van et celui d’Élise. Pour la première, la petite fille née il y a quelques mois se nomme Lan; pour la seconde, elle a pour nom Laura.

Celle qui habite au Québec trouve que l’attente est longue. Elle et son conjoint ont fait une demande d’adoption il y a plusieurs mois. Et depuis, ils se préparent à la fois au niveau matériel et au niveau psychologique. Il y a des périodes de doute, parfois presque de découragement. Élise se pose des questions que tous les futurs parents ont en tête, par exemple comment fait-on pour bien s’occuper d’un jeune enfant. Mais pour elle, cela tourne parfois au drame: « J’étouffe, suffoquée par la portée de cette vérité impossible, de ce lien étourdissant entre moi, ici, un grand trou vide à la place des entrailles, et cette femme, là-bas, de l’autre côté de l’océan, qui, son nouveau-né à peine sorti de ses entrailles à elle, a dû faire un choix insoutenable ». Elle constate aussi qu’elle vit « une grossesse invisible, insidieuse et presque perverse » et qu’elle n’a « pas droit au regard attendri et à la déférence qu’ont les gens pour les femmes enceintes ». Et que répondra-t-elle à sa fille, plus tard, lorsque celle-ci lui demandera des informations sur ses origines?


Élise ignore une chose importante: Ai Van n’a pas fait le choix d’abandonner son enfant, mais cela lui a plutôt été imposé. C’est ce que nous apprenons dès le début du roman. En effet, aussitôt l’accouchement terminé, un membre de sa famille est allé déposer son bébé à la porte d’un orphelinat. Sa famille a décidé qu’elle ne pouvait pas le garder et l’élever normalement. Qui plus est, on l’a accusée d’avoir trahi les siens en tombant enceinte après avoir eu une relation avec quelqu’un qui n’avait pas été choisi pour devenir son époux. Pour ce qui est du père de son enfant, on laisse entendre qu’il a disparu. L’orphelinat où a été abandonné le nouveau-né est situé à Hon Gai, dans la baie de Ha Long. Ai Van trouvera le moyen d’aller vivre dans cette ville avec son frère Taon qui y travaille. Elle ira un jour à l’orphelinat et rencontrera la femme qui s’occupe de son enfant. Elle pourra même tenir la petite Lan quelques instants dans ses bras.

Je n’insiste pas sur la fin où nous nous retrouvons à l’orphelinat, je vous la laisse découvrir. Mais comme vous pouvez l’imaginer, cela donne lieu à une scène touchante que Linda Amyot parvient à nous présenter sans tomber dans la sensiblerie. Ce roman fait également prendre conscience aux lecteurs québécois de toute la différence qu’il y a entre la liberté de choix que nous avons habituellement ici et la façon avec laquelle les choses se passent parfois ailleurs. À la page 51, Ai Van réalise que son père « n’avait pas jugé bon de contracter des promesses de mariage » pour ses deux frères. On comprend sa rage: « Pour la première fois de ma vie, dit-elle, je haïssais mon corps de femme, mon coeur de femme, mon destin de femme. Si j’avais été un fils, j’aurais pu choisir moi aussi. » Heureusement pour elle, « le souffle bienfaisant du dragon bleu » va venir apaiser son coeur par la suite. Je suis sûr que ce petit roman d’un peu plus de cent pages ne vous laissera pas indifférent.

Je souligne en terminant que Linda Amyot habite la région de Lanaudière.

Bonne lecture!
Donald Alarie

 

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