Luc Lecompte est poète et romancier. Il a fait paraître une dizaine de volumes depuis 1975. Ses plus récents recueils de poèmes ont été publiés aux Éditions du Noroît:
Inventaire (1996),
Chronique du temps animal (1998) et
Le Dernier Doute des bêtes (2002). Son nouveau roman, paru en avril 2004, a pour titre
L'Ombre du chien (Éditions Les Herbes rouges).
Imaginez que vous vous promenez dans la rue et que vous éprouvez tout à coup l'impression bizarre d'être suivi par un inconnu. Vous continuez votre promenade et, même si vous accélérez le pas, ce sentiment persiste. Pour en avoir le coeur net, vous entrez dans un café et vous vous rendez compte que l'homme qui vous suit est encore là sur le trottoir et qu'il semble vous attendre. Au bout de quelques minutes, vous repartez, toujours suivi par cet étrange individu. Rentré à la maison, vous l'apercevez par la fenêtre, figé comme une statue sous la pluie. Après avoir hésité, vous décidez de l'inviter à entrer et à venir se sécher. Vous venez d'introduire dans votre vie un étranger, avec tous les risques que cela comporte. C'est ce qui se produit pour le peintre faussaire surnommé Vinci, personnage principal de
L'Ombre du chien. En plus, l'homme qui l'a suivi dans la rue et qui habite maintenant chez lui refuse de parler. Vinci le surnommera bientôt Chien-Chien et essaiera, sans trop de succès, de le dompter comme s'il s'agissait d'un animal de compagnie.
Ce n'est pas la seule chose surprenante qui se produit dans ce roman. Le peintre Vinci est également troublé par des cartes postales qu'on lui fait parvenir. Elles sont d'ailleurs envoyées à l'adresse d'un de ses voisins qui les lui apporte. « Une erreur, qu'il a dit. On a inscrit mon adresse, mais, voyez, c'est à vous que c'est destiné. Il y a votre nom d'écrit. Regardez. » Il n'arrive pas à identifier le destinateur du premier envoi qui a signé C.C. Le message qui y est écrit n'est pas très limpide non plus. Mais le plus frappant est ce qui est représenté sur cette carte postale. Vinci y reconnaît une partie de son propre appartement: « Côté illustration, une photo du séjour chez moi, au rez-de-chaussée. On voit le canapé bleu, pris de face, le mur moutarde derrière, le grand miroir qui y est suspendu et qui redonne,dans son entier, le canapé inversé. » On peut même distinguer la silhouette d'un jeune homme dans le coin gauche. Tout cela est suffisant pour créer une atmosphère de terreur.
Ce qu'il faut ajouter, c'est que Vinci se présente au départ comme un ex-psychiatrisé. La majeure partie du roman est une longue lettre qu'il adresse à une dame qui s'est jadis occupée de son cas. Je me permets de vous en citer le début: « Sans doute serez-vous étonnée de recevoir par courrier cette longue confession, alors qu’ il y a désormais si longtemps que vous m'avez libéré et fait de moi un ex-psychiatrisé. Évidemment, si l'on admet que, pour ces choses-là, on puisse un jour sortir de l'orbite de la folie. » Nous aurons également, en italiques, plusieurs passages qui nous donnent le point de vue de Chien-Chien sur tout cela.
À mesure que le roman avance, il se tisse une étrange relation entre les deux hommes. L'éditeur parle à ce sujet « d'amours tordues », « d'une pulsion terrible, inavouable, inassouvie », d'une « pornographie du coeur ». Luc Lecompte nous offre un univers peu présent dans la littérature québécoise. En couverture, on retrouve une reproduction d'une oeuvre d'Egon Schiele,
Autoportrait au coude droit dressé. Cette illustration est fort bien choisie et donne une idée du climat qui règne dans ce roman.
Voilà un auteur à découvrir si ce n'est pas déjà fait. Comme le dit si bien Stanley Péan dans le numéro 23 du
Libraire: « On recommandera néanmoins ce livre aux lecteurs avertis d'abord; quant aux autres... les pauvres, ils ne savent pas ce qu'ils manquent... »
Bonne lecture!
Donald Alarie
alarie_donald@hotmail.com