Le romancier d' origine chinoise Dai Sijie a fait une entrée très réussie en littérature avec son roman
Balzac et la Petite Tailleuse chinoise publié en 2000. On sait qu'il en a fait lui-même l'adaptation cinématographique. Cela n'a pas été simple puisqu'il lui a fallu attendre longtemps avant d'obtenir l'autorisation de filmer dans son pays natal. En novembre 2003, le film était toujours interdit de projection en Chine et c'est probablement encore le cas maintenant.
L'automne dernier, il nous offrait un autre roman tout aussi fascinant,
Le Complexe de Di (Gallimard). Ce roman lui a d'ailleurs permis de remporter le prestigieux Prix Fémina. Notons que l'auteur vit en France depuis de nombreuses années et qu'il écrit en français.
Résumer ce roman n'est pas simple car il s'y passe beaucoup de choses. Disons d'abord que le personnage principal se nomme Muo. Il a vécu en France après avoir obtenu une bourse du gouvernement français pour faire une thèse sur « les langues alphabétiques des civilisations de la Route de la soie ». À vrai dire, c'est surtout la psychanalyse qui l'a fasciné. Il prend maintenant plaisir à citer Freud et Lacan. Il passe son temps à analyser les rêves et il note tout dans des cahiers.Il se présente d'ailleurs comme le premier psychanalyste chinois lorsqu'il retourne dans son pays. Il a alors un but en tête: libérer celle qu'il aime depuis toujours et qui se nomme tout simplement Volcan de la Vieille Lune. Celle-ci est en prison pour avoir vendu des photos compromettantes à des pays étrangers. Il s'agissait de « clichés pris en cachette de tortures pratiquées par des policiers chinois ».
Au début du roman, Muo a quarante ans et il est toujours puceau. Il le sera jusqu'à ce qu'il rencontre sur sa route une amie embaumeuse, encore vierge elle aussi. Cela ne lui fera pas pour autant perdre de vue son objectif qui est de libérer sa bien-aimée. Mais pour y arriver, il doit entrer en contact avec le fameux juge Di, un être corrompu qui laisse un tiroir de son bureau ouvert pour que les visiteurs y déposent des pots-de-vin. C'est ainsi que Muo se présente dans le bureau du juge muni d'une enveloppe contenant dix mille dollars. Mais tout ne se réglera pas aussi facilement. Ce que veut le juge Di, c'est une femme encore vierge. Notre psychanalyste myope poursuivra donc ses aventures en train et à bicyclette à travers la Chine pour tenter de trouver cette perle rare qui pourrait l'aider à faire libérer la femme de sa vie. Il y fera la rencontre des Lotos, une tribu de bandits bien particuliers. Il passera aussi un moment avec le Vieil Observateur des excréments du panda de la Forêt de Bambous.
Je ne vous raconte pas la suite, mais ce que je vous ai dit vous montre tout ce qu'il y a de fantaisiste dans ce roman qui peut être lu comme une critique de la Chine moderne. Un moment donné, Muo constate qu'il s'est « successivement fait voler une valise dans un train, un étui à cigarettes dans un marché, une montre dans un petit hôtel et un blouson dans un karaoké ». Lorsqu'il fait ce triste bilan, nous n'en sommes alors qu'au début du roman!
Dans une entrevue accordée à la Presse canadienne, Dai Sijie fait remarquer: « Muo symbolise toute une génération de Chinois qui ont étudié en Occident et ont voulu, par la suite, changer la Chine. » Il n'a surtout pas oublié ce qui s'est produit sur la place Tiananmen, en 1989, où les contestataires ont dû faire face aux chars d'assaut. Comme vous le constatez, derrière toute cette fantaisie, il y a une réflexion très sérieuse sur la Chine des dernières années de la part de ce romancier qui se présente avant tout comme un observateur.
Je vous prie de me croire, vous ne vous ennuierez pas en lisant
Le Complexe de Di. Il vous donnera même le l'envie d'aller lire le précédent roman du même auteur, si cela n'est pas déjà fait.
Bonne lecture!
alarie_donald@hotmail.com